Fabrice Éboué : Un Film Radical et une Question de Vie ou de Mort

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Barbaque, le slasher réjouissant de Fabrice Éboué

Barbaque, le slasher réjouissant de Fabrice Éboué

En 2021, Fabrice Éboué réalise son quatrième long-métrage : Barbaque. Si dans ses précédents films, Case départ, Le Crocodile du Botswanga et Coexister, l’humoriste et réalisateur abordait avec son humour acerbe le racisme, le néo-colonialisme et les religions, il va cette fois-ci encore plus loin, sur le fond et sur la forme. En effet, dans Barbaque, on suit un couple de bouchers assassins qui tuent des militants vegan et vendent ensuite leur chair dans leur boucherie, sous la dénomination de « Porc d’Iran ».

Reprenant les codes du genre de l’horreur et du slasher, utilisant la violence à la manière de C’est arrivé près de chez vous, invitant Christophe Hondelatte pour faire référence à Faites entrer l’accusé, Fabrice Éboué propose avec Barbaque un film violent et bourré d’humour noir, avec des personnages pervers et méchants, et d’autres aussi bêtes que sympathiques. Lui-même incarne la moitié de ce couple de bouchers, sa femme étant incarnée par Marina Foïs.

Loin de faire dans le manichéisme et le moralisme, sa charge contre le militantisme vegan est équilibrée par un portrait sans complaisance de son couple de tueurs. Bêtise contre méchanceté, le radicalisme de Barbaque renvoie au cinéma des années 70 où aucun personnage n’était préservé.

Une radicalité rare dans le cinéma français

Barbaque est une comédie noire, mais elle n’est pas inoffensive. Fabrice Éboué est un humoriste, mais dans ses spectacles comme dans ses films il souhaite par son humour souligner certains traits et travers de la société. Ce qu’il fait donc dans Barbaque, livrant une critique de propos qu’il juge tyranniques. Concernant la forme de son film, et les limites qu’il ne s’est pas données, il nous expliquait ainsi que sa radicalité répondait à la radicalité de la société actuelle :

Le simple fait de faire un film comme ça, qui ose avoir une comédie en France qu’on n’a pas eue depuis des dizaines d’années, c’est déjà un acte très militant en soi, par rapport à l’ambiance actuelle. Quand j’écris ça, il y a un côté « allez c’est bon, ça me casse les cou*****, je lâche les chevaux »… Si on n’était pas dans cette ambiance pesante de « on ne peut plus dire ceci, on ne peut plus dire cela », soi-disant au nom de la bienséance qui devient une sorte de chape de plomb, je pense que je n’aurais pas été aussi radical dans ce film.

Barbaque ©Apollo Films

« Une question de vie ou de mort »

Il y a l’histoire de Barbaque et il y a aussi la nature de sa proposition dans un paysage cinématographique que Fabrice Éboué juge très perturbé par l’augmentation du recours aux plateformes de streaming (interview réalisée en 2021, ndlr) :

On est aujourd’hui dans une époque de plateformes, donc les gens consomment de plus en plus à domicile. Pour l’instant le cinéma n’a pas retrouvé son niveau d’avant confinement, puisque le confinement a accéléré la consommation à domicile. Si nous, cinéastes français, on ne s’efforce pas de proposer sur le grand écran des choses un peu iconoclastes, un peu radicales, les gens ne se feront plus ch*** à aller en salle. Ils iront voir leur petite comédie sur leur ordi, sur leur tablette, sur ce que vous voulez. C’est une question de vie ou de mort d’oser et de retrouver peut-être un cinéma français plus prolifique en terme de militantisme, tel qu’il existait dans les années 70.

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